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Cogestion libérale ?
Catégorie: élections, Europe
Qui a voté quoi au parlement européen ?
On est bien d’accord que sur la longueur de la queue des cerises, comme se plaisent à rabâcher cet exemple ceux qui ne souhaitent pas qu’on parle du fond, il n’y a pas de contradiction fondamentale entre la droite et la gauche. Mais ces votes techniques sur des questions administratives ne doivent pas servir d’écran de fumée pour dissimuler les votes politiques où droite et prétendue gauche se retrouvent dans la cogestion libérale de l’Europe. C’est cette complicité, active mais tacite, qu’il faut dénoncer et combattre si on veut une autre Europe.
Alors examinons quelques votes sur des questions-clés, et d’abord le traité de Lisbonne, dont on a assez montré les caractéristiques libérales, atlantistes et antidémocratiques sur ce blog pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y revenir. Soumis au parlement européen, le 20 février 2008, il a été approuvé par la droite européenne (PPE), le groupe ADLE (dont fait partie le Modem), les Verts et le Parti Socialiste Européen (à l’exception de deux socialistes français : le refus de d’André Laignel et l’abstention d’Henri Weber). Les eurodéputés communistes du groupe GUE-GVN (Gauche européenne-Verts nordiques) ont évidemment voté contre, conformément à l’expression démocratique des Français en 2005.
Mais cela ne s’arrête pas là : un amendement avait été déposé, engageant le parlement à respecter le résultat du référendum irlandais —précisons que c’était quatre mois avant celui-ci et que cet engagement démocratique pourrait sembler un impératif à la fois moral et républicain. Il faut croire que la pensée unique est bien ignorante de ces deux vertus puisque UMP, Verts, Modem, socialistes (sauf le même André Laignel et Françoise Castex) l’ont rejeté. Chez les cogestionnaires de l’Europe libérale on ne se défie jamais assez de la démocratie !
En 2005, la divulgation par Francis Wurtz, eurodéputé communiste français, de la directive « services », mieux connue sous le nom de son auteur Frits Bolkestein, n’avait pas été une des moindres raisons du rejet du traité constitutionnel. Quand cette directive a été soumise le 16 février 2006 au vote des députés européens, les groupes PPE (UMP), ADLE (Modem) et PSE l’ont fait adopter. Précisons que le PSE était divisé, puisque les socialistes français ont voté contre, avec le GUE-GVN (PCF) et les Verts.
Le vote fut identique en ce qui concerne la libéralisation du marché postal (privatisation de la Poste), mais en seconde lecture, seulement 4 socialistes et un Verts ont soutenu un amendement de rejet de la résolution.
Le texte établissant la libéralisation du secteur électricité a été rejeté par le GUE-GVN et les Verts (sauf Jean-Luc Bennahmias qui s’est abstenu) alors que la droite européenne et les socialistes l’ont adopté (à l’exception de Marie-Noëlle Lienemann qui s’y est opposée et de Harlem Désir et Benoît Hamon qui se sont abstenus).
La libéralisation du secteur gaz naturel s’est faite avec la bénédiction des PPE, PSE, ADLE, l’abstention des Verts (et de Harlem Désir). Seuls se sont opposés à ce nouveau démantèlement du secteur public le GUE-GVN et la socialiste Marie-Noëlle Lienemann.
Quant à la soumission à l’OTAN, le vote de l’amendement 27 est très éclairant. En effet, ce texte remet en cause le partenariat stratégique entre l’OTAN et l’UE en matière de gestion des crises (connu sous le nom de « Berlin plus ») : le GUE-GVN et Marie-Anne Isler-Béguin (Verts) ont été « pour », Marie-Noëlle Lienemann (PS) s’est abstenue et tout le reste du parlement a voté la soumission à l’OTAN…
Le 7 juin, à qui, sinon au Front de Gauche qui siégera au sein du groupe GUE-GVN pouvons-nous faire confiance pour lutter contre les directives libérales ? Les votes que nous venons de rappeler parlent d’eux-mêmes…
JPR, Pour plus de détails, lire l’Humanité du 4 juin.



