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Et maintenant ?

Martine Ségo
Voilà dix jours qu’on est fixé sur l’Europe : pour ceux qui ne le savaient pas, elle n’intéresse pas les Français, et surtout les électeurs des quartiers populaires, ceux qui pourraient… non, qui devraient voter pour une gauche digne de ce nom.  Mais ne soyons pas nombrilistes : il ne s’agit pas seulement des Français, elle n’intéresse pas non plus les européens.  Il y avait 375 millions d’électeurs inscrits à travers 27 pays ; il y a eu 213,4 millions d’abstentionnistes (57%).  Et pour la première fois, des gens se sont ouvertement réclamés d’une abstention qui ne relevait pas de l’habituel « tous pourris » exprimant le dégoût d’une classe politique autiste. Non, j’ai vu, quand je distribuais des tracts, des gens « comme il faut » refuser poliment, mais nettement, non par simple rejet global, mais exprimant ainsi une conviction précise « Ah ! c’est pour l’Europe ? ça ne m’intéresse pas » et d’ajouter « pour ce qu’ils ont fait du vote de 2005, ça ne vaut vraiment pas la peine de se déplacer ! ». Bien difficile de leur expliquer que nous, on veut faire quelque chose… Bien difficile d’être de gauche et crédible, quand la social-démocratie européenne (mais est-elle toujours vraiment de gauche ?) gouverne avec la droite dans plusieurs pays et que le Parti Socialiste Européen a voté presque toutes les directives libérales.

Il ne s’agit cependant pas de refaire et refaire éternellement le bilan et le procès d’une gauche dans l’ornière, mais de réfléchir à comment en sortir.  Oh ! pas une réflexion arithmétique qui compte les voix potentielles et définit des tactiques conjoncturelles d’alliances électorales, non, une réflexion de fond : la gauche, c’est quoi ? et : Comment gagner, non par des combinaisons d’appareils, mais par une offre politique alternative sur laquelle le rassemblement puisse puisse se cristalliser  ?

Ce sont ces deux questions que je vais tenter d’aborder dans la prochaine série de notes que je commence aujourd’hui.  Et tous ceux qui ont un avis, les communistes au pemier chef, ont le droit (voire de devoir !) de le formuler, car la réflexion doit être commune.  D’autant qu’on entend ça et là des suggestions de recomposition, de changement de structure, de nom, de forme d’adhésion, et cela dans la plupart des formations… Dans le désarroi de l’impasse actuelle, chacun y va de sa solution miracle, croyant souvent qu’un simple changement de forme pourrait combler les carences de fond.

Pour commencer, essayons de rappeler ce qu’historiquement est la gauche et quelle est la valeur essentielle qui l’a fondée un beau jour d’août 1789, le 28 exactement quand il a fallu voter pour ou contre le veto royal, c’est-à-dire la possibilité du roi d’annuler une décision de l’assemblée constituante. Traditionnellement, et selon un protocole issu de la religion (la droite du seigneur), les députés des classe privilégiées (noblesse et clergé), lors des États-Généraux siégeaient à droite du roi, les bourgeois et roturiers du Tiers-État, à gauche.  Lors de la séance du 28 août, pour faciliter le comptage des voix, il fut décidé que ceux qui s’opposaient au droit de veto se placeraient à gauche, ceux qui souhaitaient son maintien à droite.  La partition spatiale a ainsi reflété le conflit de classe entre ceux qui voulait préserver le pouvoir royal et qu’il y ait le moins possible de changement : les conservateurs, et ceux au contraire, qui incarnaient la transformation de la société : les progressistes.

Cette caractéristique de l’opposition droite-gauche est toujours vraie aujourd’hui, mais encore faut-il préciser l’enjeu de cet affrontement : qu’est-ce donc que les uns veulent conserver et les autres transformer ?  Ne voit-on pas, surtout depuis le triomphe du néo-libéralisme, des transformations qui sont des régressions et l’effet de politiques de droite ?  En fait, le clivage droite-gauche procède de l’attitude —volonté de conservation ou de transformation— vis-à-vis des inégalités sociales.  Au total, et s’il fallait résumer ce qui fait le trait distinctif et pertinent de la gauche, ce serait qu’elle traduit l’aspiration à l’égalité sociale des classes inférieures, c’est-à-dire la meilleure répartition des richesses et de l’exercice du pouvoir.

L’exigence de l’Égalité, et non pas seulement la lutte contre les inégalités (tout le monde s’en réclame peu ou prou) constitue l’essence même de la gauche, sa raison d’être fondamentale, et il y aura une droite et une gauche aussi longtemps qu’elle ne sera pas réalisée.  D’aucuns objecteront que l’égalité absolue est une chimère, que l’hérédité biologique ou sociale, la situation géographique, les hasards de la destinée humaine l’empêcheront toujours : c’est vrai.  Mais il n’en reste pas moins que le sens du combat de la gauche est de tendre à supprimer tout ce qui rend les hommes moins égaux.  Et ce combat doit être sans concession.

Dans des notes ultérieures et avec, je l’espère, les contributions, critiques et commentaires de camarades, il nous faudra définir les contenus actuels et précis de cette lutte pour l’égalité, et les formes efficaces d’organisation qui doivent en être les vecteurs.

JPR

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