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Et maintenant (2)

Front populaire

Dans le précédent billet, j’ai essayé de poser, à partir de son origine historique, ce qui me semblait être les bases d’une définition de la gauche.  Celles-ci se résument en trois points, d’abord, la gauche est le parti des petits, des sans-grades, des roturiers, de ceux qui doivent s’unir pour ne pas se faire écraser par les autocrates, les aristocrates, les théocrates, les ploutocrates, les bureaucrates, les experts-technocrates ou  les faux démocrates eurocrates… Ensuite, et c’est le corollaire naturel de ce qui précède, la gauche se donne pour but le progrès social visant à émanciper ces classes opprimées de leurs aliénations économique, politique, idéologique… Enfin, l’horizon asymptotique de cette transformation sociale, la boussole qui indique le cap, doit, en toutes circonstances, être l’exigence d’égalité.  Toutes les autres « valeurs de la gauche » (pacifisme, rationalisme, laïcité, solidarité…) en découlent logiquement et, par ailleurs, ne sont pas nécessairement uniquement propres à la gauche.

Il est important, au départ de la réflexion, de préciser ces points, sur lesquels tout ceux qui se réclament de la gauche sont certainement d’accord, afin d’être sûr de ne pas s’en écarter par la suite au moyen de tortueux raisonnements ou d’alliances opportunistes. Gardons bien cela en mémoire.

De quelle nature est la crise que connaît aujourd’hui la gauche ?

Partant du constat que la gauche -ou toutes les gauches- ont été désavouées par le verdict populaire à toutes les récentes échéances nationales (présidentielle, législatives, européennes), force est de se questionner sur les causes de cette désaffection, et au-delà, sur ce qu’il faudrait entreprendre pour reconquérir ce peuple qui s’est détourné de nous.

Je ne reviendrai pas longuement sur les causes à propos desquelles je me suis déjà exprimé à de nombreuses reprises dans des notes précédentes : si je devais juste les résumer en deux mots, ils seraient « aphonie » et « cacophonie » : soit, à la fois, l’incapacité de formuler un projet cohérent et la multiplicité discordante des rivalités personnelles, des querelles et des divisions, ce qui même annulerait tout message audible s’il y en avait un.  La confusion idéologique qui en découle laisse le terrain libre aux « valeurs » de la droite, qui, pour trompeuses qu’elles soient, ne s’en présentent pas moins sous la forme d’un discours clair et cohérent, celui du sarkozysme, articulé sur les notions de travail, de mérite, de réforme et de sécurité (à traduire par : exploitation, inégalité, régression et répression).

Nombreux sont les grands esprits, et cela dans toutes les formations, qui s’épuisent sur un dictionnaire de synonymes, allant de renouveau en recomposition, de refondation en redénomination, et à ce rythme, ce sera bientôt une résurrection qu’ils auront rendue nécessaire !  Cela étant, la gauche est confrontée, pour gagner un jour, à un double problème : le projet et la stratégie.

Le projet, pour être crédible, doit répondre concrètement et à partir des valeurs de la gauche (défense des classes populaires, progrès social et combat pour l’égalité, on ne le répétera jamais assez) aux questions que posent la crise et la mondialisation capitaliste.  Et cette réponse ne peut pas être en demi-teintes, on ne peut pas concilier l’inconciliable, et dénoncer les conséquences sociales du libéralisme tout en en acceptant les règles économiques, sinon effectivement la réponse ne peut être crédible.  De surcroît, pour obtenir cette crédibilité, encore faut-il être en mesure de détailler les mesures qu’appliquerait un gouvernement de gauche, d’en dresser un agenda et d’expliquer les réponses qui seraient les siennes aux pressions internationales.  Il ne faut pas retomber dans l’ornière de février 83 qui faisait déclarer à François Mitterrand : « Je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale », phrase qui révèle bien la conscience qu’il avait alors du caractère inconciliable de ces deux aspirations.  La gauche, aujourd’hui, devrait annoncer que, face au même dilemme, elle ne ferait pas le même choix, car c’est de cet abandon historique en 83 de ses propres valeurs qu’on peut dater les prémisses de son divorce avec les couches populaires.

La stratégie. Elle ne peut être que démocratique, et donc se fonder sur un rassemblement majoritaire, c’est ce que chacun, à sa manière, proclame, sauf ceux qui se limitent à un rôle protestataire.  Le problème est que les institutions actuelles ne favorisent guère le débat et l’expression démocratique dans sa variété. L’élection du Président au suffrage universel a eu trois conséquences redoutables pour la démocratie :

1° elle fait du Président le dépositaire d’un pouvoir excessif, légitimé par l’instance suprême du peuple.  Il suffit de voir combien de fois revient dans le discours des chroniqueurs comme les déclarations des ministres l’expression « …comme l’a voulu le Président de la République », pour comprendre que le glissement de la validation d’un homme par le suffrage populaire revient à lui signer un chèque en blanc et nous soumet à son bon vouloir. Le corollaire de ce pouvoir excessif est bien sûr l’extrême personnalisation du régime qui fait passer l’homme (ou la femme !), avec ses qualités et ses travers, avant le débat de fond.

2° elle est de fait, surtout depuis l’inversion du calendrier électoral, le moment majeur de la vie politique nationale, elle impose son rythme à l’ensemble de l’agenda gouvernemental et règle la marche du pays sur sa seule échéance.

3° son mode électoral avec duel au second tour tend à imposer un bipartisme de fait et appauvrit la réflexion politique en la réduisant au plus petit dénominateur commun entre les courants de pensées et en tendant à effacer les formations politiques plus minoritaires

Gagner avec un projet réellement de gauche et dans de telles institutions, si défavorables à son émergence, voilà dans quelle problématique doit s’inscrire une stratégie de gauche.  Mais, bon, ça commence à faire trop long pour aujourd’hui, j’étais parti pour parler des joffrinades sur « une grande formation de toute la gauche avec primaires ouvertes », mais en chemin, j’ai dérapé.  Pas grave, je reviendrai sur la stratégie ce week-end et tordrai le cou à ces foutaises de « primaires » une autre fois…

JPR

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