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Mort du cinéma Jacques Becker 2
Catégorie: à Plaisir, dans les YvelinesDéclaration faite par Jean Paul Romani, conseiller municipal communiste du groupe de la Gauche Rassemblée, lors de la réunion du Conseil Municipal du 18 septembre :
« Monsieur le Maire,
Mmes et MM. les Conseillers Municipaux,
Je voudrais situer mon intervention à deux niveaux, d’abord, bien sûr, dans le cadre local avec les conséquences dommageables pour nos concitoyens de la disparition du cinéma Becker, ensuite dans le cadre plus large des choix de politique culturelle.
Pour le premier point, nous savons tous très bien qu’en abandonnant l’idée de conserver une salle de projection en régie municipale pour faire place à un multiplexe, nous lâchons la proie pour l’ombre.
En effet, nous bénéficions actuellement d’un cinéma de proximité dont les tarifs permettent l’accès à tous et qui par une programmation mixte entre des sorties nationales et des films d’art et d’essai répond bien aux besoins de nos concitoyens.
Qu’aurons-nous avec les huit salles prévues du nouveau multiplexe, en dehors évidemment d’un afflux supplémentaire de circulation et de stationnement ?
Certainement, ni les mêmes tarifs, ni la même programmation : on sait comment fonctionnent —d’ailleurs assez mal, même économiquement— les multiplexes : 8 à 10 € la place (ou 20€ en accès illimité mensuel pour attirer -sans succès- les jeunes), films à la douzaine, à raison de 5 séances par jour dont la majorité ne reste pas plus d’une semaine à l’affiche. Pour un investisseur dans ce domaine, il s’agit non d’une mission culturelle au service de la population, mais d’une politique commerciale dont le seul moteur est le profit.
Il est probable que Cap’cinéma, notre investisseur privé, accompagnera sa démarche de belles promesses, de celles, purement verbales, qui n’engagent que les naïfs qui y croient, mais une chose est certaine : après la mise en place d’un tel multiplexe, il n’en attendra que le retour sur investissement ! Ne nous étonnons pas que dans ce cas, lui, comme le propriétaire du centre commercial demandent qu’il n’y ait pas à proximité, maintien d’une autre salle…
Et vous, M. le Maire, vous êtes prêt, bien sûr, à vous soumettre aux exigences de ces marchands ! Quels arguments pourraient justifier un tel abandon ?
Que le cinéma Becker n’est pas rentable, c’est vrai, certes —encore que le dernier exercice, avec les Ch’tis, n’ait pas été mauvais— mais gardons bien à l’esprit que :
1° Le rôle de la culture (qui n’est pas celle des céréales, précisons-le pour ceux qui confondraient) n’est pas de générer du profit mais d’enrichir l’esprit, de nourrir la réflexion et l’intelligence, et en ce sens, par sa programmation, son ouverture sur l’école, ses tarifs, le Cinéma Becker remplit cette mission de service public de culture pour tous.
2° Dire qu’un cinéma privé ne coûtera rien à la collectivité est faux : il est lui aussi, à sa façon, “subventionné”, tant à travers des “aides” diverses qu’il sollicitera pour les pseudo-missions de service public, qu’à travers le manque à gagner en matière de taxe professionnelle qu’il négociera pour maintenir une programmation minimaliste et peut-être non durable d’art et essai.
Ou alors prétextera-t-on la sacro-sainte concurrence libre et non faussée, pour s’opposer au maintien d’une petite salle municipale face à un multiplexe ? Argument fallacieux, car il existe en la matière un avis du conseil de la concurrence (08-A-13, du 10 juillet dernier) qui, (point 10) justifie la création de salles publiques répondant à un objectif de politique culturelle. Et on parle de création, et non, comme c’est le cas ici, du maintien d’une salle existante qui n’a guère besoin de justification de ce point de vue.
De plus, les contentieux qui existent actuellement entre les grands groupes privés (UGC, MK2, Utopia) et certains cinémas municipaux tiennent à la volonté de ces derniers de s’agrandir en complexes (6 salles à Montreuil, plus encore à Lyon…). Il ne s’agit pas d’Antoine et d’Antoinette qui ne constituerait qu’un opérateur marginal !
Ajoutons que la loi (article L.2251 du CGCT) autorise les communes à subventionner un cinéma, dans la limite de 30% de son chiffre d’affaires ou de ses investissements annuels.
La cession de la licence d’exploitation par la municipalité ne serait donc qu’une abdication devant la volonté des investisseurs, un renoncement de plus à une politique de la culture pour tous et une marque de mépris des élus pour l’intérêt de leurs administrés. De surcroît elle a pour conséquence le licenciement de 12 personnes, dont celui de la directrice de la régie qui se voit ainsi récompensée de 17 ans de dévouement irréprochable au service de la culture, et que votre majorité n’hésitera pas à sacrifier, ce soir, au point 21 (devenu 9 bis) de l’ordre du jour.
Le second aspect que je me propose d’aborder brièvement, est peut-être plus général, mais certainement encore plus préoccupant. On assiste depuis à peu près un an à une véritable offensive des majors et des grands groupes de production et de diffusion cinématographique déjà cités contre les salles municipales.
Ne nous y trompons pas, à travers ces petits cinémas subventionnés (un millier en France, mais qui ne représentent que 8% du marché, contre 146 multiplexes qui en ont 55%), ce qui est visé, c’est ce qu’on a appelé l’exception culturelle française, qui veut que ce qui est du ressort de la culture échappe en partie à la loi du profit et puisse se développer librement, en dehors des circuits commerciaux.
C’est pourquoi, le maintien des salles municipales est un atout primordial pour la défense de la création cinématographique française menacée par les groupes qui dominent ce secteur, lequel ne peut pas être considéré comme seulement économique : 70 réalisateurs, dont 7 palmes d’or ont signé un appel en ce sens.
On a même vu Mme Albanel, ministre de la culture de ce gouvernement, prendre la défense d’une salle municipale contre les grands groupes qui l’attaquent (Le Mélies à Montreuil, lors des 17ème rencontres cinématographiques de Dijon).
Cette défense des cinémas municipaux n’a pas qu’un enjeu local : derrière elle, se profile un vrai choix de politique culturelle, entre d’une part la création d’auteur, l’originalité et la culture pour tous, et d’autre part, le produit purement marchand, superficiel, éphémère, stéréotypé dont la seule finalité est le profit.
Tout citoyen doit avoir ces enjeux à l’esprit, locaux comme généraux et en particulier, les élus ici présents avant de se prononcer en conscience et non par réflexe de clan.
De nombreuses municipalités mènent ce combat contre l’abaissement et la marchandisation de la culture cinématographique; pourquoi celle de Plaisir ne le fait-elle pas ? »
Mais, comme hélas on pouvait s’y attendre, c’est bien l’esprit de clan de la droite qui l’a emporté et tous les élus de la liste de M. Regnault, avec, comme d’habitude, l’appoint du conseiller du Modem, M. Tabary, ont scellé le sort du cinéma Becker. Mobilisons-nous pour exiger un vrai service public de la culture cinématographique pour tous dans notre ville, soyons le plus nombreux possible à adresser ce message à ces édiles qui montrent tant de mépris pour leurs administrés. Signez la pétition “Sauvons le Becker”.




