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J’agis pour la planète !

ecolo

Dans les inévitables SPAMS dont on ne parvient pas à se désabonner, je reçois périodiquement un bulletin provenant… — de qui d’aillleurs ? je ne saurais le dire précisément, disons d’écolos indéfinis —, intitulé AGIR pour la planète.  Avec un verbe à l’infinitif, dont l’injonction impersonnelle prend des airs éthiques d’impératif catégorique… Sous-titre : «la planète a besoin de nous : J’AGIS» et c’est bourré de conseils du genre : «Chaque geste compte ».  Il y a même un classement «top» des «10 gestes pour la planète» et chacun peut soumettre le sien…  

Tout cela est ruisselant de bonnes intentions, un tantinet moralisateur, pédagogo comme une activité d’éveil à la nature dans une classe CE2 et bien inscrit dans l’air du temps, entre les grandes messes gouvernementales du style «Grenelle de l’environnement» et la percée électorale d’Europe écologie.  Sans oublier une université d’été du Medef qui a planché en 2008 sur le capitalisme vert…

Et puis, qui y trouverait à redire ? C’est du fort, du gros, du lourd bon sens : tout le monde —ou peu s’en faut— est d’accord là-dessus.  Et c’est bien ça qui me turlupine d ‘ailleurs : tout le monde est d’accord !  Une pensée qui au nom de l’urgence, efface les clivages sociaux… efface même tout ce qui est proprement social, au sens d’organisation collective, pour mettre chacun devant sa responsabilité individuelle.  Coïncidence : dans la même phrase, j’ai employé «social» opposé à «individuel» et l’accent est mis sur la «responsabilité» de chacun.  Ajoutons-y un zeste d’ «effort» et nous sommes en plein dans les vieux thèmes récurrents de l’idéologie de la droite la plus éculée (pour rester poli !).

À regarder le message de plus près, sa forme syntaxique doit aussi nous interpeller : la planète, personnifiée pour l’occasion, fait appel à «nous», mais la réponse est individuelle : j’agis, et l’individualisation est encore renforcée par le «chaque» qui implique le morcellement de cette réponse en une infinité de petits «gestes», terme qui en lui-même met en Å“uvre deux traits sémantiques : le mouvement, l’action, d’une part, et de l’autre la générosité. « Â Ã€ vot’ bon cÅ“ur, m’sieu-Dames, faites donc un geste ! ».  On est davantage dans l’humanitaire, voire le caritatif que dans le politique. Bref, en bon petit scout du développement durable, je fais ma B.A.  Et peut-être, en filigrane : je dois travailler plus pour gagner moins.

Ce genre de message oriente donc vers une réponse aux problèmes écologiques qui ne serait que la somme de petits sacrifices individuels et il esquive totalement les dimensions sociale, économique et politique, laissant penser que seul le comportement  irréfléchi du consommateur particulier est la cause du problème et que seule une modification raisonnée de celui-ci pourra, à terme, modifier la production et la distribution, sources essenteilles de pollution : c’est là, d’une certaine façon, la transposition à l’écologie du dogme libéral de la main invisible du marché qui devrait en réguler les excès… Avec le succès qu’on vérifie chaque jour !

Cela étant, il ne faudrait pas confondre l’écologie politique, qui s’inscrit dans les valeurs de la gauche et cette bouillie consensuelle, repeinte certes en vert, mais qui, en dernière analyse, véhicule les poncifs idéologiques de la droite. Le problème est cependant que cette confusion est justement entretenue par le refrain des moralines sur la planète et on comprend que ce n’est sûrement pas gratuit quand on voit que le film «Home» a été financé par l’affairiste François Pinault, lequel a acquis la 3ème fortune de France (quelque chose comme 10 milliards d’euros, classement 2007) en spéculant —sûrement dans l’intérêt bien compris de la planète— sur le marché du sucre, avant de se consacrer à l’industrie automobile (administrateur chez Peugeot), de racheter 75 % du capital de la Chapelle Darblay, numéro un français du papier journal, produit écolo s’il en est, et de produire annuellement 400 000 tonnes de CO2 largement imputables au transport depuis la Chine des produits vendus par Conforama, La Redoute ou la Fnac !

Par ailleurs, cette idéologie brouillée du développement durable apparaît dans un moment historique où le libéralisme économique disqualifié par la crise cherche un nouveau souffle dans le concept assez paradoxal de capitalisme vert où gageons que les sacrifices —encore de beaux gestes— seraient toujours demandés aux mêmes —il faudra bien que la productivité compense l’écotaxe et les investissements dans des équipements non-polluants—, mais cette fois, pour la cause supérieure qu’il serait d’un égoïsme indigne de contester : celle de l’intérêt de la planète.  À condition, bien sûr, qu’elle ne remette pas en question les intérêts privés qui la détruisent si bien !

JPR

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