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Canada Dry…

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propos de Martin Schultz, président du groupe socialiste européen au sujet de l'escorte de motards que Dany a eu pour se rendre à l'Elysée(AFP 16/12/2008)

De qui parle donc le mensuel écologiste «La décroissance» quand il évoque « le Canada Dry de la politique : ça a la couleur de la rébellion, l’odeur de la rébellion, le goût de la rébellion, mais ce n’est pas de la rébellion ; c’est juste l’idéologie capitaliste classique sous une face souriante et décoiffée. Un produit marketing redoutable. » (février 2009, n° 56, p. 8)… Vous l’avez deviné, bien sûr.  

Dans le billet précédent, j’avais essayé de montrer les ambiguïtés idéologiques qui traversent la mouvance écolo… Bon, il s’agissait surtout des récupérations par la droite des thèmes écologistes, lissés, aseptisés, dépolitisés et fondés sur la culpabilisation des comportements individuels.  mais qu’en est-il de l’écologie de gauche, que naguère les Verts incarnaient ?  Jusqu’à quel point a-t-elle été contaminée ?

À considérer ce que Daniel Cohn-Bendit a déclaré hier, 4 juillet, aux meeting d’Europe-Ecologie qui réunissait les “vainqueurs“ du 7 juin à Saint-Ouen, il y a quelques raisons de s’inquiéter : ouverture à Corinne Lepage et CAP 21, au Modem, à Antoine Waechter… Bref, une stratégie tout azimuth qui n’a pas grand chose à voir avec la gauche. Et même, après Delors, il a envisagé pour la présidence de la commission européenne… François Fillon !

En France, on garde de Cohn-Bendit l’idée d’un jovial rebelle narguant la police, le Dany le Rouge de Mai 68, qui mériterait peut-être maintenant le surnom de Dany non le Vert, mais le Jaune !

L’ancien anarchiste a effectivement bien fait son aggiornamento, et l’expose dans un livre paru en 1998 : Une envie de politique (La Découverte) où il se déclare «pour le capitalisme et l’économie de marché».  Alain Madelin, président de Démocratie libérale, salue cette évolution ainsi : « Il est clair que sur certains sujets, comme les privatisations d’EDF ou des chemins de fer, la retraite par capitalisation, la concurrence et la sélection dans les universités, l’autonomie des établissements scolaires, Daniel Cohn-Bendit développe une approche libérale en contradiction avec le PS et les Verts. Puisse cette évolution permettre l’arrivée d’un libéralisme de gauche dans ce pays » (Le Figaro, 1-12-1998).

La même année, Bernard-Henri Lévy, résume ainsi le phénomène Cohn-Bendit : « Il tient à peu de chose près le discours des gentils centristes, mais de façon tellement plus séduisante et convaincante. Il dit ce que les centristes disent depuis des années. Il tient sur l’euro des propos qu’eux-mêmes hésitent parfois à tenir. Et, miracle de la musique politique : les mêmes mots qui, dans leur bouche sonnaient économiste, marchand… apparaissent dans la sienne ludiques, sympathiques, généreux » (Le Point, 21-11-1998).

On est bien loin de de Proudhon («la propriété, c’est le vol») ou de Bakounine pour pour qui la véritable liberté n’est pas possible sans l’égalité de fait (économique, politique et sociale)… Vérifions-le dans le texte :

  • à propos des services publics : « Des Services Publics comme le téléphone, la Poste, l’électicité n’ont pas de raison de rester dans les mains de l’État« Il n’y a pas de raison qu’il existe un service public de télévision. »
  • à propos de l’Éducation Nationale : il n’est pas opposé à l’appel aux fonds privés pour les établissements afin de créer de « véritables joint-ventures avec les entreprises » et il ajoute que « naturellement, l’industrie participerait aussi à la définition des contenus de l’enseignement, contrairement à ce que nous disions en 1968 ». « Mieux qu’Allègre !, résume l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur (26-11-1998). Avec Cohn-Bendit le mammouth  n’aurait plus que la peau sur les os. »
  • à propos des retraites : « Je suis d’accord pour travailler jusqu’à soixante-cinq ans, si on commence à travailler à mi-temps à partir de cinquante-cinq ans. Une préretraite active de cinquante-cinq ans à soixante-dix ans, allant crescendo. »
  • à propos des fonds de pension :  «Les familles doivent choisir entre un livret d’épargne bien rempli ou du travail pour leurs enfants. »
  • à propos de la flexibilité : « Une flexibilité contrôlée et négociée peut apporter aussi bien aux salariés qu’aux entreprises
  • à propos du travail le dimanche : « Il faut admettre que les machines travaillent sept jours sur sept, donc admettre le travail du week-end. »

On pourrait continuer longtemps cet amusant florilège, je ne suis, hélas ! pas sûr que c’est pour ce Cohn-Bendit-là que les électeurs se sont prononcés le 7 juin.  Je terminerai quand même par la consécration de Dany-le-Jaune, lors de la deuxième université du Medef, en 2000, alors dirigé par Ernest-Antoine Seillière, auprès de qui l’ex-rebelle accourt volontiers. Voici ce qu’en dit le Figaro du même jour : « Ils étaient tout contents, les trois mille patrons en chemisettes réunis hier sur le campus HEC de Jouy-en-Josas, de s’être offert pour leur université d’été du Medef l’insaisissable Dany qui, quelques jours plus tôt, boudait ses amis les Verts ».  Et ils avaient de quoi être contents quand il déclara : « Votre question, le capitalisme est-il moral ?, ne m’intéresse pas. Arrêtez ! laissez ça aux curés ! Le souci des capitalistes, c’est de gagner et ils ont raison.»

Cette fois, on a compris.

JPR

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