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Planète-béquille…

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Bon, pour conclure un peu laborieusement sur le vote écolo, je me suis collé à la lecture des sondages sur l’élection du 7 juin (qui a voté quoi ? etc.). Recul de la démocratie, effondrement du libéralisme à visage social-démocrate et renaissance du social-libéralisme à masque écologique ; mais aussi renforcement du Front de Gauche… À gauche, toutes les lignes ont l’air de bouger en ce moment.  La rentrée promet d’être intéressante.

[Les chiffres cités dans ce billet sont issu de deux sondages (TNS Sofres et CSA, consultables sur les sites de ces instituts) réalisés le jour du vote]

1° Suffrage censitaire ?

Le référendum de 2005 a créé un durable et profond clivage idéologique qui s’est traduit par un très fort taux d’abstention chez les partisans du NON de 2005 : 62 % des nonistes de 2005 se sont abstenus contre seulement 42 % des Ouiouistes.  Ce sont les classes socio-professionnelles les plus favorisées (CSP+) qui ont le plus voté, ainsi que les retraités et l’abstention est plus importante dans les classes d’âge inférieures à 50 ans.

Ainsi, l’ensemble des listes n’a recueilli que 36 % des inscrits (en comptant les 4 % de blancs et nuls) qu’il faut ramener à 25 % de la population en âge de voter compte-tenu des noni-inscrits (11,5 %).  Quelle légitimité réelle est issue d’un vote, compte-tenu que l’abstention avait un sens politique ? De façon globale et brutale, les votants du 7 juin étaient majoritairement du groupe des personnes plutôt âgées, aisés et bien inscrites dans la pensée européenne «conforme» — pour ne pas dire la «pensée unique».  Bref, une nouvelle forme insidieuse de suffrage censitaire : les “élites sociales“ seules ont la parole !  Rien donc de surprenant à ce que la droite l’emporte.  Mais quid du vote écologiste ?

2° Origine politique des électeurs d’Europe écologie (EE).

Parmi ceux qui avaient voté Verts aux européennes de 2004, 53% (TNS) ont voté pour la liste de Cohn-Bendit (16% ont choisi le PS, 10% Alliance Écologique). 53% seulement pourrait-on dire, car, à titre de comparaison, l’UMP conserve 83% de ses électeurs de 2004, le Front de Gauche 70% de ceux du PCF, seul le PS connaît une érosion similaire (54%), mais dans le contexte d’un recul général de son score. Cependant, si près de la moitié des Verts de 2004 a fait un autre choix en 2009, cela ne se traduit pas —bien au contraire— par un recul. Il y a donc eu changement de la composition de l’électorat écologiste, puisque dans ces conditions d’érosion de sa base de 2004, il remporte aujourd’hui un succès. En fait, l’érosion de l’électorat Vert se situe entre 2004 et 2007; considérons simplement l’Île de France, plutôt favorable aux écologistes, là où la liste menée par Lipietz réalisait 7,51 %, Voynet, à la dernière présidentielle n’en recueillait plus que 1,57… En 2009, la liste EE y devance le PS et talonne l’UMP avec près de 21 %.  Evidemment, ces élections ne sont pas de même nature, reste que ces chiffres traduisent un changement de composition de l’électorat écologiste qui ne s’est pas seulement élargi, mais aussi transformé.  Quel changement, sera notre première question ? Et par conséquent qui sont ces nouveaux électeurs écolos ?

L’élection présidentielle de 2007 nous donne des pistes pour répondre à cette question ; ainsi, parmi les exprimés de 2009, 26% de ceux qui avaient voté Ségolène au premier tour ont choisi cette fois EE et cela représente 40% des électeurs de cette liste le 7 juin !  Et dans l’électorat de Royal, c’est certainement la frange la plus à droite, la plus sociale libérale qui choisit la liste Cohn-Bendit, en effet, si le PS n’en conservent que 46% (pas même un sur deux !), 17 % optent pour la Front de Gauche ou l’extrême-gauche.

Les voix de Dominique Voynet en 2007 se sont reportées à 87% sur sur la liste menée par Cohn-Bendit, mais on a vu que lors de cette élection, les Verts étaient à leur niveau d’étiage et cela ne constitue qu’un apport insignifiant au score final de Cohn-Bendit dont la liste a bénéficié aussi de 20% des électeurs de François Bayrou (lesquels représentent 16% de la composition du vote EE, le Modem ne présevant que 43% de ses électeurs de 2007) et de la même proportion de ceux d’Olivier Besancenot (ce qui ne représente que 3% du vote EE du 7 juin), lequel aurait dû pourtant profiter du lancement de son nouveau parti.  On découvre donc, ce qui n’est pas une surprise que la liste Europe-Écologie a essentiellement siphonné l’électorat centre-gauche et centre-droit (Modem) ainsi qu’une partie du vote protestataire.  Le Front de gauche qui recueille 91% des votes Marie-George Buffet (et 70% du vote PCF 2004), ainsi que 9% des électeurs de Ségolène et 10% de ceux d’O. Besancenot, n’a pas été touché par ce transfert de voix et semble bien se positionner en pôle de gauche.

Quelles sont les couches sociales porteuses du vote Europe-Ecologie ?

Deux caractéristiques : d’abord, c’est une fraction plus jeune (20-40 ans) d’un électorat plutôt âgé, d’autre part, il émane des classes socio-professionnelles les plus favorisées, essentiellement cadres, intellectuels et professions intermédiaires.  C’est, de façon corellée, aussi le vote des plus diplômés : 28 % des électeurs de niveau supérieur à bac + 2 ont choisi EE.  C’est donc un vote marqué sociologiquement par les CSP+ ayant une sensibilité de centre-gauche (20 % se déclarant proches du PS ont voté EE et de même 10 % concernant le Modem); la présence de José Bové a permis de capter 10 % des électeurs se déclarant proches de l’EG.

Quelques conclusions s’imposent :

  1. Du point de vue de la sociologie électorale, on assiste à un recentrage du courant Vert, naguère plutôt ancré à gauche qui semble aujourd’hui vouloir supplanter le Modem et la (les) tendance(s) social-libérale(s) du PS dans leur propre niche… écologique.
  2. Du point de vue idéologique, Europe-écologie vient, à point nommé, servir de béquille aux politiques libérales malmenées par la crise et semble se constituer comme une solution idéologique de rechange pour la bourgeoisie en déplaçant la perspective de l’axe économique et social vers l’axe écologique, sans menacer ses intérêts fondamentaux.
  3. Le plus inquiétant reste le recul de la démocratie dont témoigne le dédain populaire pour les élections.

Que sera la gauche demain ? Bien malin qui peut le dire, mais le péril aujourd’hui est grand : les forces de transformation sociale ont du mal à émerger (même si le récent rapprochement du Front de Gauche et du NPA entrouvre un espoir) et surtout à gagner une large adhésion populaire; le courant social-libéral, disqualifié par la crise et sa gestion de l’Europe, renaît sous le masque de la sauvegarde de la planète, et pendant ce temps, la droite continue, comme si de rien n’était, ses politiques de régression, détricotant méthodiquement tous les acquis sociaux du XXème siècle.

Un dernier point, plutôt encourageant, Martine Billard, députée de Paris vient de quitter le parti des Verts et de rejoindre le Parti de Gauche, considérant que «l’heure n’est pas au repli ni à la négation du clivage gauche-droite prônée par Europe Ecologie mais au regroupement de tous ceux qui n’acceptent pas la logique du système capitaliste et du productivisme. »

Ce n’est que dans le rassemblement pour une véritable alternative au capitalisme que la gauche peut se retrouver et gagner à nouveau l’adhésion populaire perdue.

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