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Quelques remarques sur l’échec de la gauche le 9 mars à Plaisir

Lettre aux camarades socialistes

L’électorat de gauche, qui existe et est majoritaire dans la ville, ne s’est visiblement pas mobilisé comme il aurait dû, et spécialement dans les quartiers populaires.

À quoi imputer cette situation ? Je dis à quoi ? et non à qui ? car ce serait une solution lâche et facile de chercher dans le candidat ou le directeur de campagne, le bouc émissaire de ce désaveu : c’est en connaissance des difficultés liées au parachutage comme au passé peu reluisant des deux maires qui ont précédé Regnault que nous avons entamé la campagne et mon propos n’est pas de disserter sur les causes internes qui ont conduit le PS au choix du candidat et moins encore de lui imputer la responsabilité de la défaite.

Évidemment, nous sommes déçus, après une campagne où nous n’avons pas ménagé nos efforts, de ne pas avoir réussi à attirer les suffrages de nos concitoyens. Nous devons donc nous en demander les raisons. Ce que je vous propose, ce sont quelques remarques d’un communiste, un point de vue externe par rapport au PS sur des aspects de la campagne qui m’ont un peu surpris par rapport à ma vision de l’action politique.

D’abord, une tendance à faire de la “communication” quelque chose qui finalement prime sur le politique. C’est peut-être la plus visible des erreurs. pourquoi ? Parce que la finalité de la “comm”, c’est de capter à tout prix une adhésion large à un produit, non sur la base de l’argumentation rationnelle et des fortes convictions mais plus sur celle d’une persuasion affective et consensuelle. Le discours ne sera donc jamais clivant, ne heurtera pas les sensibilités, se gardera d’être négatif, etc. autant de postulats qui ont peut-être un sens pour vendre des yaourts mais ne seront en aucun cas aptes à traduire les révoltes et les dégoûts des couches populaires et ne constitueront jamais un discours qu’elles puissent s’approprier comme leur.

Ma seconde remarque, tient davantage aux causes invisibles de cette erreur visible. Ce choix de campagne, que je qualifierai de “consensuel mou”, tient à des raisons idéologiques, au sens marxiste où chacun de nous, inconsciemment, véhicule une certaine représentation de la société et du monde. Et j’ai souvent eu le sentiment d’un décalage par rapport à la mienne. Le sentiment aussi d’une certaine “peur” de l’expression claire et brutale d’un point de vue tranché.

Le discours “PS” (appelons-le ainsi pour faire court) m’apparaît comme l’émanation d’une pensée très “classe moyenne” (voire moyenne-sup) qui rêve un impossible contrat social entre le loup et l’agneau, discours sincère, je n’en doute pas, mais qui laisse toujours l’agneau sceptique… discours souvent plus compassionnel que politique et analysant la situation davantage en termes moraux qu’en termes de classe. Les “vrais” gens n’y croient plus et le perçoivent davantage comme une soumission (réalisme, fatalisme, etc.) que comme une vraie prise en compte de leurs aspirations.

Ma troisième remarque est celle du manque de recul critique que nous avons eu par rapport à notre propre action : par une sorte d’auto-aveuglement, nous nous sommes persuadés que la victoire était acquise, parce qu’elle était nécessaire; nous nous sommes, en quelque sorte, autodésinformés en nous renvoyant mutuellement des images positives de notre campagne, parce que nous avons pris du plaisir à participer à l’expérience humaine riche et intéressante qu’elle était aussi.

Ainsi, un certain nombre de choses auraient dû nous alerter : combien de portes s’ouvraient largement à nous ? Suscitions-nous beaucoup plus qu’un intérêt poli ? Et surtout, pourquoi ne suscitions-nous aucun rejet violent, indice d’un discours qui s’inscrit avec une certaine force dans l’arène politique; bref, aucun sentiment puissant ailleurs qu’auprès des victimes directes de Regnault dans le personnel municipal qui attendait beaucoup de nous.

Je laisse volontairement de côté toutes les remarques plus factuelles (contenu des textes, tracts, etc. sur lesquels nous avons eu souvent de petits désaccords) pour seulement essayer de cerner ce qui me semble être les vices fondamentaux d’orientation. Pour terminer, je mettrai surtout en garde contre les vindictes personnelles et la désignation de boucs émissaires, ce qui est toujours le corollaire empoisonné d’un échec électoral (l’imputation des torts est une manie bourgeoise, disait Marx) : je pense que chacun, même si nous ne sommes pas tous d’accord sur tout, a fait ce qu’il croyait bon pour l’équipe.

Je pense que cette expérience commune nous a été l’occasion de mieux nous connaître et de tisser les liens qui devraient nous permettre de mener conjointement une politique locale vraiment à gauche dans l’opposition municipale.

JPR

3 Commentaires sur

Quelques remarques sur l’échec de la gauche le 9 mars à Plaisir

  • camarade |

    après une longue période de réflexion et d’analyse, loin du tumulte et de l’exaltation de cette campagne…force est de constater que tu as raison!!!
    @mitiés

  • JPR |

    Bonjour camarade, et merci de ton appréciation. Je viens de relire ce billet de 2008 et je me suis dit que depuis, il y a un (maintenant ex-) socialiste qui semble avoir tiré les mêmes conclusions concernant le discours trop consensuel —ce dont assurément on ne pourra jamais l’accuser (lol, comme disent les d’jeunes).
    Es-tu toujours Plaisirois ? Il y a bien longtemps qu’on ne t’a vu.
    Amitiés.

  • Camarade |

    Bonjour à Toi
    Toujours sur Plaisir et plus proche que jamais de notre ami JLM….
    Heureux d’avoir de l’informations « politique » sur ce qui ce passe dans notre belle ville et au delà; continu comme cela sache que nous sommes nombreux à attendre avec impatiente tes articles.
    @mitiéé
    @mitiés

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