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Sectaire ?
Catégorie: à Plaisir, dans les Yvelines, Communisme, élections, en FranceVous ne pensez pas qu’il soit possible de discuter alliance avec le Modem ? C’est que vous êtes un affreux sectaire ! Il en est de même si vous récusez l’idée de participer à de grandes primaires ouvertes de toute la gauche pour désigner son candidat unique à l’élection présidentielle.
De Bayrou qui déclare que le « sectarisme qui exclut le dialogue; c’est le meilleur allié du pouvoir » à Robert Hue qui demande « d’avoir le courage de se dégager des constructions anciennes » et qui parade entre Marielle de Sarnez et Daniel Cohn-Bendit à Marseille, chacun y va de son couplet sur le thème des primaires et des alliances. Le propos est repris et mis en exergue, avec une gourmandise non dissimulée, par les médias qui se mettent de façon unanime à louanger cette « nouvelle gauche ». Ou prétendue telle.
Cela étant, personne ne parle du fond, même si tous proclament avec gravité que les contenus, le projet sont l’essentiel ; leur discours se limite à affirmer qu’il faut être « ouvert », « respectueux », honnête », toujours prêt à dialoguer avec « tous ceux qui cherchent un autre chemin » (Vincent Peillon)… Mais pour parler précisément de quoi ? De faire obstacle à la privatisation des services publics et à leur mise en concurrence ? D’une autre construction européenne ? Du rejet du traité de Lisbonne et des directives libérales ? Pour dire que plus de justice sociale n’est possible qu’en abolissant enfin le capitalisme ? Bien sûr que non ! Par contre, pour jeter l’opprobre sur tous ceux qui refusent cette démarche, tous s’y entendent : ils ne peuvent être que des sectaires, des idéologues, des archaïques repliés sur leurs vieilles lunes en récusant ainsi cette « offre publique de dialogue » (Bayrou). Vive le dialogue, même si on parle pour ne rien dire.
1° le MoDem
Si on confronte le discours « démocrate » actuel aux choix politiques présents ou passés, force est d’admettre que le MoDem s’est en toute occasion manifesté -dans les actes, et non en parole- comme un parti de droite, et même de la droite libérale avec laquelle il siège au parlement européen et a voté toutes les directives démantelant les services publics. Mme de Sarnez, non seulement n’a pas été des 153 députés qui demandaient le retrait de la directive Bolkestein, mais l’a même votée, alors que certains membres de son groupe (ADLE, libéraux européens) ne l’ont pas fait ! Elle a aussi approuvé la directive « rail » qui met en concurrence les services publics de transport ferroviaire
N’est-ce pas M. Bayrou qui préconisait en juin dernier de remplacer M. Barroso à la tête de la commission européenne par… M. Juncker, premier ministre d’un paradis fiscal (vous savez, celui qui abrite Clearstream), architecte du traité de Maastricht, naguère gouverneur de la Banque mondiale, du FMI et de la BERD, instances financières chargées de promouvoir les politiques d’ajustement en vue de la libéralisation à l’échelle mondiale et il est en parfaite harmonie avec son compère Barroso avec qui il déclarait conjointement, le 27 mai 2005, à la veille du référendum français, et au sujet de celui-ci : « Si c’est “oui”: on poursuit ; si c’est “non”: on continue…». Un vrai démocrate, en somme… C’est vrai que François Bayrou a aussi suggéré pour cette présidence de la commission le belge Verhofstadt, qui lui assume clairement son appartenance à la mouvance libérale, voire ultra-libérale, ce qui ne lui valut pas moins que le surnom de « Baby Thatcher » pour son action au gouvernement belge ! Il ne faut pas gratter longtemps le vernis orange pour voir apparaître la vraie couleur du Modem… Mais brusquement, on voudrait que celui-ci soit devenu politiquement fréquentable pour les gens de gauche…
Rappelons une anecdote : lors des dernières élections municipales, certains accords contre-nature étaient déjà dans l’air, et, hélas ! ici ou là, ont parfois eu lieu. La question fut discutée à Plaisir et il n’est certainement pas nécessaire que je vous précise quelle était ma position, évidemment « sectaire ». La décision « aucune alliance ni au premier, ni au deuxième tour avec le Modem » fut arrêtée clairement après un vote de la section du PS sur la nature du parti de Bayrou, vote qui, à l’unanimité (moins une voix, mais il y avait une trentaine de personnes) affirma que le Modem était bien un parti de droite… Il est sûr qu’aujourd’hui certains ont beau jeu à nous opposer les quelques exécutifs municipaux où figurent des élus du Centre et du PCF ; quelles que fussent les raisons conjoncturelles qui ont conduit à ce choix, on ne peut que le regretter et le condamner, car il a contribué à crédibiliser cette option qui ne peut être qu’un renoncement à de vrais choix de gauche, et donc à être partie prenante de politiques forcément insuffisantes, décevantes et qui nous ôteront encore un peu plus de crédit au regard des classes populaires. C’est peut-être le but que d’aucuns cherchent : faire définitivement des communistes une force d’appoint. Les laisser faire, même pour sauver quelques élus, serait une faute politique.
2° Les primaires
Revenons sur ce point déjà abordé dans un billet précédent. Essayons de voir comment se présenterait la situation à gauche au cas où de telles primaires seraient organisées et de discerner quel est le piège pour mieux le déjouer. Le premier piège aurait été d’y participer et ainsi de se faire marginaliser un peu plus, pour n’être plus qu’une aile gauche d’une grande mouvance sociale-démocrate qui, tôt ou tard, aurait besoin de l’appui du Modem pour continuer en alternance avec la droite des politiques libérales et qui peu à peu nous mènerait au bipartisme à l’anglo-saxonne. Bien sûr, nous ne participerons pas à cette mascarade, mais là réside un second piège : exclu du long battage journalistique bien concerté qui accompagnera ce concours de beauté, notre candidat ne sera pas légitimé par la « une » des médias et tous les faux débats entre les prétendants qui, jour après jour, façonnent l’opinion ; notre candidat ne figurera pas non plus dans les sondages concernant ces primaires, et ceux-ci laisseront à l’électeur le sentiment que le seul vote utile serait le choix de celui qui sera sorti vainqueur desdites primaires… Démocratie d’opinion n’est pas vraiment démocratique !
Alors, que faire ? D’abord dénoncer cette fausse démocratie des apparences, ce pantomime ridicule à l’américaine, mais cela ne suffira pas : nous devons avoir une offre politique à la hauteur des enjeux. Ce débat dont les primaires visent à nous exclure, c’est nous qui devons l’imposer à toute la gauche. Je rêve ? Peut-être, mais face au néant ou faux-semblants des autres formations, nous devons promouvoir dans le débat public nos propositions ; et par offre politique, entendons à la fois un projet clair, tendant à dépasser le capitalisme et une stratégie forte pour le porter. Le projet doit s’articuler sur la réappropriation de la richesse créée par ceux qui la produisent, sur la démocratie, l’émancipation humaine, en particulier avec l’acquisition de nouveaux droits, sur le mode de développement en réponse aux préoccupations écologiques, sur les services publics qui construisent l’égalité des citoyens, sur l’école et la formation… Ce projet, il est urgent de le mettre en débat, de le lancer comme une bombe politique à la figure de tous ceux qui voudraient nous enfermer dans le carcan eurolibéral; il faudra aussi affirmer fortement qu’envers et contre tout, on le mettra en œuvre, quelles qu’en soient les conséquences au regard de l’Europe.
Mais pour arriver à l’imposer, il nous faut aussi une stratégie sans ambiguïté et conforme à nos choix… Et là surgit la pierre d’achoppement des élections et de notre maillage territorial d’élus qui est une des forces premières de notre parti et auquel nous ne pouvons renoncer. On voit bien le piège : choisir entre être une simple force d’appoint ou être éjectés des instances territoriales où nous siégeons grâce à des alliances ; on devine aussi les pressions que nos partenaires peuvent exercer, d’autant qu’il est plus que probable que la gauche perdra nombre de sièges lors de ce scrutin, et que nous serons en première ligne… On devine aussi que, face à la montée des écologistes, le PS pourrait chercher à s’allier dès le premier tour avec la Modem dans certaines régions pour garder la tête au second tour ; dans ce cas, que faire. Pour moi, c’est clair : je resterai « sectaire » car je pense que cautionner ces alliances, c’est rendre un bien mauvais service à la gauche. Nous avons un devoir de clarté, et s’il faut rassembler le plus largement, sans repousser dogmatiquement ceux des socialistes qui ont encore quelques « valeurs de gauche », il faut être conscient qu’il y a cependant deux courants à Gauche : ceux qui acceptent le « marché » et s’inscrivent dans l’eurolibéralisme et ceux qui veulent une véritable alternative. À un moment ou un autre, il faudra prendre la décision stratégique qui correspond à ce réel et profond clivage idéologique. À ce moment, nous aurons enfin une stratégie claire pour porter un vrai projet révolutionnaire. Et peut-être même que l’élaboration de ce projet est indissociable de la définition de cette stratégie…
JPR





Bravo pour cette belle analyse qui est au coeur du problème de la gauche bien sûr mais de toute la France aussi. Car la problématique est que pour que les choses changent vraiment il ne suffit pas de changer de personnel. Ce qui importe est pour quoi faire. Elaborer un programme bien à gauche, notamment redéfinir et compléter et instaurer les services publics, en nationalisant ou renationalisant, dire concrètement ce que nous ferions pendant une mandature, dans le cadre d’objectifs à long terme clairement définis auxquels une majorité de Français apporteraient leur soutien.
Tout ceci n’est pas utopique. A titre indicatif gardons en mémoire le non majoritaire des Français au referendum sur la constitution européenne, parmi lesquels une large majorité des électeurs socialistes et verts dont les parti respectifs appelaient à voter oui.
Pour conclure avec une note d’humour, si approuver ce texte de JP est être sectaire, je le suis aussi (catégorie sectaire tertiaire).
Daniel Pers
Quelle pêche ! Ca fait du bien les vacances… surtout après la lamentable agitation politico-médiatique de cet été…
Cet brillant article résume bien la problématique actuelle pour les forces progressistes qui se fixent comme objectif de modifier en profondeur la logique économique qui prévaut actuellement.
Cependant, l’utilisation du terme « imposer » me gêne un peu, car il me semble que la priorité des priorités est de gagner des consciences à cette nécessité, de co-élaborer dans notre parti mais aussi avec tous ceux qui partagent cet objectif, ce projet de véritable alternative de façon à créer un rapport de force permettant de mettre en oeuvre ces orientations en France… mais aussi en Europe dans laquelle la colère gronde. J’ai bien conscience que tout ça est plus facile à dire qu’à faire !
En tout cas, bravo pour cet excellent travail !
Amitiés
Michel
salut Michel, c’est à dessein que j’emploie « imposer », non que je veuille dire qu’il faut contraindre nos partenaires à accepter nos propositions comme des solutions à prendre ou à laisser, mais qu’il faut les afficher clairement, les imposer (oui!) à l’opinion pour que le débat s’organise autour d’elles. Je crois qu’un débat ne peut se faire à partir de rien et que notre « offre politique » devrait en être le point de départ, affirmée avec suffisamment de vigueur pour « impacter » l’opinion et rendre incontournable la mise en discussion, y compris face aux médias. Et j’ajoute que nous avons l’expérience suffisante, les forces militantes (encore un peu…), les élus, pour être à l’initiative. Tu vois, non seulement je suis sectaire, mais aussi volontariste… et peut-être un brin optimiste.
Amitiés,
JPR
Que dire d’autre… tu as visiblement fait le tour de la question de cette rentrée : alliance ou pas alliance avec le Modem !!
Avec ou sans primaire, quelle importance !!!
En parlant du ps qui refusait l’alliance il y 18 mois, à Plaisir et ailleurs, tu omets de préciser que la première des socialistes,Mme Aubry a fait une alliance à Lille avec le Modem. Mais ton oubli était- il involontaire ??
Tous ces stratèges, ces délitements sentent mauvais. Ils ressemblent à une belle manœuvre de la droite, qui prépare la réélection du prince-président.
Cette fois, avec cette crise systémique et sociale aussi grave,si la gauche du ps, ne parvient pas à s’unir, à travers les luttes et un programme global anticapitaliste, offrant une alternative forte à la population. C’est reparti
pour n’importe quelles aventure et désillusions.
Il nous reste plusieurs mois pour préparer
la riposte et rappeler au ps que nos projets, nos convictions et notre audience n’est pas encore
à passer par-dessus bord.
En cette rentrée, apparemment paisible où le ronron des médias à repris du service,
au retour de la plage. Un exemple de la démagogie habituelle a confirmé mon esprit trés peu sectaire….
En faisant quelques achats à Décathlon Plaisir, j‘ai constaté que toutes les caisses sont
désormais automatiques. Alors que les farouches défenseurs de l’ouverture des magasins le
dimanche affirment qu’ils défendent l’emploi, des jeunes, bien entendu !! Je me dis, peut-être
comme vous, que c’est plutôt, celui des actionnaires !!