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La démocratie d’opinion
Catégorie: en France, Langue & idéologieOn distinguait naguère la démocratie directe, où la souveraineté appartiendrait au peuple sans intermédiaire (Tout le pouvoir aux Soviets !), de notre démocratie représentative, qui voit ledit peuple élire ses représentants pour gouverner en son nom pendant une période donnée.
Notre merdonité libérale a accouché d’un nouveau concept : la « démocratie d’opinion ». Il faut dire que notre “démocratie représentative” a du plomb dans l’aile après qu’ultralibérale, avec les Raffarin, Sarkozy, Fillon et autres Villepin ou Chirac, la représentation nationale a fait fi de toutes les aspirations populaires, brisé les solidarités, aggravé la fracture sociale qu’elle prétendait réduire (selon l’adage indigne qui veut que les promesses électorales n’engagent que ceux qui y croient) ; et cela succédant à une « gauche », prétendument socialiste qui s’était sans honte glissée dans la défroque eurolibérale, décevant tant ce peuple qu’elle représentait si mal qu’il la désavoua à deux reprises, le 21 avril 2002 et le 29 mai 2005.
Ainsi discréditée, cette forme de “gouvernance“ s’efface donc devant l’Opinion, évidence démocratique, puisqu’elle serait le reflet de la volonté des masses. C’est du moins ce que l’idéologie du moment voudrait accréditer, mais l’opinion n’est nullement le jugement, fondé sur un débat d’idées et une réflexion collective (comme ce peut être le cas dans un parti, un syndicat, une association…): ce n’est que l’état d’esprit de la foule, à un moment donné, tel que le forment les médias et le traduisent les sondages. Rien donc de mûri, d’élaboré dans la réaction de l’opinion… Par contre, bien des aspects manipulés.
Manipulation, d’une part par les médias… Tiens, au fait, à qui appartiennent donc les grands groupes de presse ? Ce n’est pas inutile de le rappeler. D’abord, Arnaud Lagardère (Hachette-Fillipachi, mais aussi actionnaire d’EADS) avec pas moins de 260 titres, dont Paris-Match, Journal du Dimanche, Télé 7 jours, Europe n°1… et une rémunération personnelle annuelle de 2 millions d’euros. Ce qui le place quand même très loin derrière Bernard Arnault (groupe de luxe LVMH et propriétaire de “La Tribune”), première fortune de France (seulement un peu plus de 17 milliards d’euros !) ou Serge Dassault ( Le Figaro, Valeurs actuelles, la Voix du Nord, Ouest-France, le Progrès, le Dauphiné libéré…), quatrième fortune nationale, devant François Pinault (Le Point), cinquième, ou Martin Bouygues (TF1, LCI…), huitième… tous grands amis de Nicolas Sarkozy. Qui croira que ces médias sont indépendants des intérêts privés de ces messieurs ? N’a-t-on pas vu l’arrivée d’Édouard de Rothschild dans le capital de Libération se traduire par l’évacuation de Serge July et le départ de journalistes (dont Florence Aubenas) ?
Alors, par la sélection qu’ils font dans l’information et par l’intoxication de la répétition, les médias façonnent cette “Opinion” ; d’autre part, les sondages sont loin d’être des outils de mesure neutres, car s’ils rendent compte “scientifiquement“ des réponses, qui donc a choisi les questions, et par là même, imposé la problématique ? Et cette “problématique“ matraquée à tout va par la grande majorité des médias, imposée par les questions des sondages, c’est celle du bipartisme, réduit à Sarko ou Ségo : une alternance sans véritable alternative, car, selon eux, point de salut hors du libéralisme : on ne prend pas les mêmes, pourtant, c’est sûr, on recommence…
Mais les médias ont peut-être oublié que les citoyens savaient aussi réfléchir malgré leurs tentatives d’endoctrinement — que dis-je ? contre leurs tentatives, ce que le 29 mai 2005 a bien démontré !




